| Raisonnement |
La mesure et le suivi de l’accès aux médicaments essentiels sont hautement prioritaires pour le programme de développement mondial étant donné que l’accès fait partie intégrante du mouvement de la couverture sanitaire universelle et constitue un élément indispensable de la prestation de soins de santé de qualité. L’accès aux médicaments est un concept composite multidimensionnel composé de la disponibilité des médicaments et de l’abordabilité de leurs prix. Des informations sur ces deux dimensions ont été recueillies et analysées depuis la 54e Assemblée mondiale de la Santé en 2001, lorsque les États Membres ont adopté la Stratégie de l’OMS en matière de médicaments (résolution WHA54.11). Cette résolution a conduit au lancement du projet conjoint sur les prix et la disponibilité des médicaments par l’OMS et l’organisation non gouvernementale internationale Health Action International (HAI/OMS), ainsi qu’à une proposition de méthodologie IAS/OMS pour la collecte de données et la mesure des composantes de l’accès aux médicaments. À ce jour, cette méthodologie a été largement mise en œuvre pour produire des analyses utiles de la disponibilité et de l’abordabilité des médicaments, mais les deux dimensions ont été évaluées séparément.
Cette évaluation est à son tour essentielle car le succès du pays à assurer l’une des dimensions (par exemple, la disponibilité) n’indique pas nécessairement la réalisation de l’autre (par exemple, l’abordabilité) et vice versa. Par exemple, un pays peut concentrer ses efforts politiques sur la garantie de la disponibilité d’un ensemble de médicaments essentiels de base en cas de faible capacité de production locale et/ou de difficultés liées à la situation géographique. En raison des politiques proposées, les médicaments peuvent devenir disponibles, mais leurs prix peuvent ne pas être abordables. La situation inverse est également possible, car la baisse des prix des médicaments pour accroître l’accessibilité financière peut être trop restrictive pour certains producteurs pharmaceutiques et entraîner une diminution de l’offre. Par conséquent, compte tenu du caractère multidimensionnel de l’accès aux médicaments, il est nécessaire d’évaluer simultanément le caractère abordable et la disponibilité des médicaments.
La méthodologie proposée pour l’indicateur 3.b.3 permet de combiner les deux dimensions en un seul indicateur afin d’évaluer simultanément la disponibilité et le caractère abordable des médicaments. Cette méthodologie permet également une désagrégation afin que chaque dimension puisse être analysée séparément et que le principal facteur de mauvaise performance de l’indice global puisse être correctement identifié. |
| Dénominateur |
1 Sur panier de médicaments essentiels traceurs :
1.1 Bien qu’il soit possible de surveiller régulièrement les 400+ médicaments figurant sur la Liste modèle actuelle des médicaments essentiels de l’OMS, l’indicateur 3.b.3 nécessite un sous-ensemble spécifique de cette liste. Au fil des ans, plusieurs paniers de médicaments ont été définis à des fins différentes et utilisés pour collecter des données et surveiller les prix et la disponibilité. Cet ensemble de médicaments de base ne remplace pas les autres paniers existants, et les équipes et les partenaires de l’OMS sont encouragés et déterminés à poursuivre la surveillance ad hoc par d’autres canaux existants. Tout au long du processus d’identification de l’ensemble de médicaments de base, l’un des domaines d’intérêt a été d’équilibrer la sélection des médicaments traceurs pour les soins de santé primaires avec la taille du panier lui-même. Le panier proposé représente une approche équilibrée pour permettre de surveiller les médicaments traceurs pertinents pour les soins de santé primaires tout en garantissant une collecte et une analyse pratiques et réalisables des données. Les 32 médicaments énumérés dans le panier sont censés être indicatifs de l’accès aux médicaments pour les soins de santé primaires, mais ne constituent pas une liste complète ou exhaustive.
1.2 Comme mentionné ci-dessus, chaque médicament du panier est pondéré en fonction des années de vie régionales corrigées de l’incapacité (AVCI) pour la maladie pertinente tirées des estimations de l’OMS sur la santé mondiale. Les estimations régionales sont moins sensibles à la variabilité de la qualité des données d’un pays à l’autre, elles illustrent suffisamment la répartition des maladies entre les pays de la région et fonctionnent bien grâce à leur simplicité et à leur comparabilité. Par conséquent, les poids régionaux pour les médicaments sont utilisés pour établir les poids des pays associés. Cependant, cela diminue la spécificité du panier au contexte national.
2 Sur la mesure de la disponibilité des médicaments:
2.1 L’approche proposée pour mesurer la disponibilité des médicaments est fondée sur la présence du médicament le jour où l’intervieweur visite l’établissement et ne tient pas compte des ruptures de stock temporaires et/ou prévues. Les 32 médicaments identifiés pour l’analyse devraient toujours être disponibles dans les établissements, étant donné que dans certaines zones (principalement rurales), l’établissement peut être très difficile d’accès et que les personnes peuvent ne pas avoir les ressources nécessaires pour voyager quotidiennement. En outre, dans cette méthodologie proposée, le prix du médicament ne tient pas compte des coûts dits indirects, qui comprennent normalement les frais de transport et autres coûts pour se rendre à l’établissement. Par conséquent, la mesure proposée pour la disponibilité présente certaines limites.
2.2 En outre, étant donné que la collecte de données a lieu au niveau de l’établissement et ne permet pas de contrôler les quantités d’un médicament donné, une analyse globale des médicaments disponibles par rapport aux besoins nationaux n’est pas possible.
3 Sur la mesure du caractère abordable des médicaments:
3.1 L’accessibilité financière d’un médicament est souvent mesurée comme la capacité de la population d’un pays donné à payer ce médicament ex ante (généralement basée sur le revenu) ou ex post (généralement basée sur les dépenses déclarées). Ces dernières nécessiteraient principalement des données collectées au niveau individuel et à partir d’enquêtes auprès des ménages. Cependant, l’information sur les dépenses en médicaments dans ces enquêtes n’est pas toujours recueillie et, lorsqu’elle est recueillie, elle n’est pas effectuée de façon uniforme et régulière dans l’ensemble des pays. En outre, il y a généralement une grande quantité de données manquantes.
L’approche ex ante est suggérée aux fins de cet indicateur, car elle est mesurée au niveau de l’installation. L’analyse ex ante nécessite l’identification d’une personne ou d’un groupe de personnes de référence pour la mesure. Il est suggéré que le fonctionnaire non qualifié le moins bien payé serve de référence pour cet indicateur. En d’autres termes, si un médicament est identifié comme étant abordable pour la personne qui reçoit le salaire LPGW, il sera très probablement abordable pour toutes les autres personnes affiliées à ce groupe économique et supérieur. Cela ne tient évidemment pas compte des personnes employées sur le marché du travail non officiel.
La méthodologie proposée est une méthodologie IASS/OMS ajustée. L’approche IAS/OMS suggère de calculer l’abordabilité des prix des médicaments comme le nombre de salaires quotidiens requis pour que le fonctionnaire non qualifié le moins bien payé (LPGW) achète une dose quotidienne d’un médicament (DDD). Cette approche est simple et fait également référence à la capacité de la personne de référence à payer les médicaments. Cependant, aucun seuil n’a été identifié pour distinguer le nombre maximal de salaires quotidiens qu’une personne doit dépenser pour un médicament afin de pouvoir encore se le permettre.
3.2 L’Organisation internationale du Travail (OIT) dispose d’informations sur le salaire minimum LPGW pour 155 pays. Lorsque l’information fait défaut ou que l’information n’a pas été mise à jour récemment, la mesure alternative suggérée doit être tirée des données des Indicateurs du développement dans le monde sur le « salaire minimum pour un travailleur ou un apprenti de 19 ans », qui est souvent utilisée comme alternative dans les rapports de l’OIT.3.3 L’indicateur proposé, mesuré au niveau de l’établissement, ne tient pas compte des régimes de remboursement ou de couverture d’assurance potentiels présents au niveau national. Les informations sur les régimes d’assurance ou d’autres formes de couverture des coûts au niveau national ne sont pas facilement disponibles et nécessiteraient une normalisation pour permettre des comparaisons entre les pays et les niveaux de revenu de la population. Cependant, comme l’a démontré l’OCDE dans son rapport Panorama de la santé en 2015, dans 31 pays à revenu élevé et intermédiaire, la part des dépenses remboursables en produits pharmaceutiques dans l’ensemble des POO dans la santé varie de 64 à 16 %.
En outre, il existe d’autres indicateurs des ODD, tels que 3.8.1 et 3.8.2, qui rendent compte de la couverture des services de santé essentiels ainsi que de la protection financière contre les dépenses de santé nettes des remboursements, y compris les dépenses en médicaments.
4 Autres dimensions de l’accès aux médicaments (qualité)
4.1 La qualité du produit est une autre dimension tout aussi importante de l’accès aux médicaments. Actuellement, il n’existe pas de collecte systématique et accessible au public de données sur la qualité d’un seul médicament ou dans un seul pays. L’OMS a toutefois contribué à améliorer l’accès à des produits de santé de qualité grâce à différents programmes tels que le renforcement des systèmes réglementaires et la préqualification.
4.2
Une autorité réglementaire nationale (ARN) joue un rôle clé pour garantir la qualité, la sécurité et l’efficacité des produits médicaux jusqu’à ce qu’ils atteignent le patient/consommateur, ainsi que pour garantir la pertinence et l’exactitude des informations sur les produits. Par conséquent, des systèmes de réglementation stables, efficaces et intégrés sont une composante essentielle d’un système de santé et contribuent à de meilleurs résultats en matière de santé publique. La maturité des NRA et la préqualification des médicaments par l’OMS peuvent être considérées comme un indicateur pour garantir que les médicaments d’un pays sont de qualité garantie. Le niveau de maturité des NRA est évalué à l’aide de l’outil d’analyse comparative mondiale des autorités nationales de réglementation de l’OMS (WHO NRA GBT). Après les évaluations, les pays se voient attribuer l’un des cinq niveaux de maturité, avec un score de niveau de maturité trois représentant la capacité réglementaire minimale acceptable et le niveau de maturité cinq représentant le niveau de fonctionnement le plus élevé.
L’importance de la transparence et de la divulgation des résultats des évaluations entre les régulateurs (à partir de ML 3) est prise en considération. Cependant, les informations sur le niveau de maturité des NRA spécifiques à chaque pays ne sont pas actuellement accessibles au public et l’OMS s’efforce de remédier à cette limitation par le biais de discussions récentes sur les autorités inscrites sur la liste de l’OMS (WLA). |